Davos 2026 : Au-delà des gros titres, l’affirmation du Sud Global

Davos 2026 : Loin des gros titres sur la fragmentation du Nord, le Sud Global a investi les panels pour échanger et apprendre de nouvelles techniques souveraines. Un passage stratégique du dialogue à l'action concrète.

ARTICLE ANALITIQUE

Stephanie Mwangaza Kasereka

1/26/20263 min temps de lecture

1. L’illusion du centre

Alors que le Forum économique mondial (WEF) 2026 à Davos fermait ses portes, la couverture médiatique s'est enfermée dans ses récits habituels : les tensions politiques occidentales, l'impact disruptif de l'administration Trump et l'inquiétude persistante face à l'effritement de l'ordre international.

Pourtant, cette lecture est incomplète. Tandis que le Nord global se focalise sur la fragmentation de ses alliances passées, le Sud global a utilisé ce sommet pour envoyer un signal de rupture : il ne s'agit plus de quémander une aide, mais de détenir des actifs ; il ne s'agit plus de gérer une dépendance, mais d'exercer un levier stratégique.

Bien que le WEF reste un cercle restreint, l'édition 2026 a rassemblé près de 3 000 participants, dont 60 chefs d'État et 850 PDG. Dans ce cadre, les acteurs du Sud ont délibérément investi les panels et les événements parallèles pour imposer leurs priorités : stratégie industrielle, souveraineté numérique et innovation financière. Ils ont prouvé que, même dans une enceinte exclusive, la connaissance et l'expertise peuvent être converties en une véritable capacité d'action stratégique.

2. L’affirmation de la souveraineté stratégique

Si les grands médias ont privilégié les narratifs occidentaux, Davos 2026 a été le théâtre d'une démonstration de force de la part du Sud global, qui y a manifesté une autonomie concrète.

  • Capacité d'action industrielle : Les dirigeants du Sud ont affirmé leur volonté de rompre avec l'extraction brute pour privilégier la valeur ajoutée. Le projet du Corridor de Lobito, conçu pour intégrer la production minière à une logistique régionale souveraine, en est la preuve. Des initiatives similaires en Indonésie et au Maroc confirment cette règle : la souveraineté sur les ressources est désormais le socle de la stratégie industrielle.

  • IA et infrastructures numériques : Face au risque de fracture technologique, les leaders des économies émergentes ont insisté sur l'urgence d'une IA souveraine. Avec seulement 14 % d'adoption de l'IA générative au Sud contre 25 % au Nord, l'accent a été mis sur la création de centres de données locaux et de modèles nationaux, indispensables pour protéger l'emploi et l'autonomie technologique.

  • Innovation et résilience financière : L'utilisation des stablecoins (USDC) et de la tokenisation par des startups comme Rahat ou Ensuro montre que le Sud n'attend plus les systèmes bancaires traditionnels. Ces technologies permettent aujourd'hui de répondre directement aux crises climatiques et de garantir l'accès à l'énergie.

Ces échanges prouvent que Davos est bien plus qu'une vitrine : c'est une plateforme où le Sud global teste et valide sa propre montée en puissance.

3. Du dialogue à l'action concrète

Il est crucial de noter que, malgré l'omniprésence de la politique occidentale dans les titres de presse, le Sud global a su tirer profit de Davos pour consolider sa propre vision.

Le WEF n'est certes pas une institution décisionnelle, mais son pouvoir réside dans le partage d'expertises et de réseaux. Les idées débattues en matière de politique industrielle, d'infrastructure numérique et de fintech doivent maintenant être traduites en actions tangibles. L'objectif est clair : renforcer la résilience et l'autonomie stratégique.

Le message est sans équivoque : le Sud global doit transformer les pressions extérieures en opportunités de développement. En façonnant ses propres chaînes de valeur et sa souveraineté numérique, il définit une stratégie de développement multipolaire qui répond enfin à ses priorités locales.

4. Conclusion

La véritable histoire de Davos 2026 ne réside pas dans les gros titres des médias dominants, mais dans la manière dont le Sud global a saisi ce forum pour affirmer sa capacité d'action. De l'industrie à l'IA en passant par la finance, les pays émergents dessinent les contours d'un monde multipolaire.

Alors que les médias traditionnels ignorent encore ce basculement, la véritable mesure du succès de Davos sera l'efficacité avec laquelle ces nations transformeront ces réflexions stratégiques en réalités concrètes sur le terrain.

Références

  1. Associated Press. (2026, January 19). What to know about the annual World Economic Forum meeting in Davos. AP News. https://apnews.com/article/switzerland-davos-wef-meeting-1feace8e9520b84f42270bc65f78c8f4

  2. McCallion, P. (2026, January 23). Africa at Davos 2026: Young population provides a bright outlook. World Economic Forum. https://www.weforum.org/stories/2026/01/africa-future-young-population/

  3. Reuters. (2026, January 23). Five takeaways from Davos 2026. Reuters. https://www.reuters.com/business/davos/five-takeaways-davos-2026-2026-01-23/

  4. Wearden, G. (2026, January 23). Davos: ECB’s Lagarde plays down fears of ‘rupture’ in world order, as IMF’s Georgieva warns of AI ‘tsunami’ hitting jobs market – live updates. The Guardian.https://www.theguardian.com/business/live/2026/jan/23/davos-world-economic-outlook-lagarde-georgieva-ai-okonjo-iweala-ecb-imf-wto-business-live-updates